Paroles d’Artistes

L’image et la photo

Entretien avec Philippe Ruffin

Comment es-tu venu à la photo ?

J’avais 11-12 ans en CM2 , en classe de neige on m’avait prêté un appareil  6×9 GAP fabriqué en France dans les années 50, j’ai pris la neige qui tombait depuis ma chambre. Puis j’ai eu un instamatic nous étions alors en vacances à Gerardmer  et nous nous sommes amusés à nous photographier sur des bouées,  ce sont des souvenirs de vacances.

L’adolescence est passée. J’ai repris la photo. Dans mon appartement, j’avais un réflex, je faisais du noir et blanc avec un agrandisseur. J’ai travaillé seul sans club, sans talent.

Comment as-tu commencé à acquérir une culture photographique ?

A l’instinct. J’ai acheté des bouquins, lu des articles du mensuel photo Zoom.

Les appareils ont servi à remplir les albums photos de famille avec des tentatives de contrejour. J’ai essayé de mettre en valeur les cheveux de ma fille.

As-tu fait des rencontres essentielles dans ton parcours ?

J’ai continué à faire des photos avec un compact en randonnée ; des arbres, des rochers, des paysages. Puis avec ma compagne je suis arrivé à Montpellier.  En 2015 elle a adhéré au club photo Objectif Image et moi en 2018. J’ai acquis un appareil photo hybride plus léger que le réflex. J’ai participé aux stages proposés par l’association. Ceux de Jean-Michel Verdan entre autre. Des formations sur l’utilisation des outils, d’autres plus axées sur l’image (comme le stage planche contact). C’est aussi l’opportunité de rencontres enrichissantes avec d’autres qui ont de l’expérience comme Pierre Soyer. Je participe aux salons, aux rencontres photographiques. J’aime bien regarder ce que les exposants présentent, même si je ne comprends pas tout.

Qu’elle est ta participation au club ?

Je contribue à la technique pour l’organisation des expositions, les impressions aussi. J’ai participé aussi aux jeux oulipiques que nous avions mis en place.Mais de manière générale je ne suis pas certain de ce que je peux proposer.

As-tu développé un projet personnel ?

Oui j’ai eu une idée. Réaliser une photo par jour devant chez moi pendant 365 jours. Mon protocole, toujours le même endroit (ma fenêtre), la même focale, prendre la même vue, (le lever du soleil). Seul l’angle de lever du soleil change. J’ai axé mon travail sur les nuances au lever du soleil. J’ai imprimé une fresque de 3 fois quatre mois.

J’ai retenu ensuite 5 images qui ont été proposées au Salon National d’Auteur d’objectif image. Elles ont été retenues et exposées à Lyon en 2023.

J’ai aussi réalisé une série lorsque j’ai participé à un atelier culture d’image sur l’errance en 2018.

Sinon je participe aux expositions collectives du club.

J’ai contribué au projet photographique « Génération nature » au lycée agricole Charlemagne à Carcassonne. J’ai photographié des jeunes qui se destinaient au métier de tractoriste. J’étais aussi à la technique quand on a monté un studio et pris en photo les portraits de jeunes du lycée ainsi que certains enseignants et  des personnes de l’administration (exposition en 2021 à Capendu dans l’Aude puis en 2022 au lycée Charlemagne).

 

 

 

Mais je ne me revendique pas artiste, j’enregistre des images.

As-tu des préférences en matière de technique, d’auteurs ?

Je me force à penser que la photo est en couleur. Le noir et blanc me semble passéiste, pas de notre temps. Je m’empêche de faire du noir et blanc. C’est une démarche plus artistique. Je me refuse à me dénommer artiste. Nadar, Doisneau, Willy Ronis ont réalisé des belles photos en noir et blanc mais je suis attiré par les photos en couleur comme celles de Martin Parr. L’œil voit en couleur.

Cependant, le club photo m’a apporté une culture photographique et des échanges fructueux. J’ai aimé les images de mode de Jean Louis Sieff avec des noirs sublimes. J’ai apprécié Robert Franck, l’école New Yorkaise. La photo de Henri Cartier-Bresson avec le gamin et ses 2 litres de rouge me plait énormément. Je la mets en dyptique avec celle d’Helen Levitt de la jeune femme avec ses bouteilles de lait. C’est chouette que la photo permette cela. A Montpellier le Pavillon populaire ouvre à la culture photographique. Tout ceci sert aussi de prétexte pour des échanges.

As-tu des projets ?

Oui, faire des films photographiques. J’aime l’aspect technique, l’assemblage des photos et la juxtaposition d’une bande son. Parfois je détourne une idée et réalise un montage humoristique d’une minute.

J’ai une préférence pour les enchainements beau-fondu pour créer une émotion. J’en ai commencé un sur la Bretagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nicole Bouchex, le trait et la lumière

J’aime beaucoup la macro. Ici dans le Val d’Arly nous avons un panel étendu. Je resterai volontiers des heures à regarder les insectes, les gouttes d’eau, les reflets.

Comment es-tu venue à la photo? Ce sont les voyages. Mon fils m'a donné 
son appareil numérique et je pars régulièrement en voyage avec 
ma sœur qui fait de la photo aussi. Elle a fait partie de clubs photos. 
Nous photographions ensemble, comparons nos résultats. 
Elle a essayé de m'initier à la technique
mais j'y suis imperméable. Je règle à l'instinct.Je n'ai suivi aucun cours, 
je n'ai pas de base.

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Paroles de Marie

 

Le riz est bien meilleur quand on le mange en commun (proverbe indonésien)

Je pourrais ajouter les photos sont bien meilleures quand on les partage.

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Lionel Camps, art’prenti

Je suis heureux d’avoir rencontré le dessin à ce moment-là de mon existence.

Il remplit ma vie avec la même densité que la musique.

 

 

 

 

 

Quelles sont tes pratiques artistiques ?

Je suis musicien depuis l’âge de 7 ans. Cela fait donc 42 ans, musique classique et jazz, mais aussi écriture musicale et bruitage pour des dessins animés.  Mes instruments sont la  basse et la clarinette. J’avais commencé petit à jouer de la clarinette, j’ai fait le conservatoire de Toulouse et je suis sorti avec mon diplôme à 17 ans. A l’adolescence, j’ai découvert la basse, l’instrument de mon choix. 

Il y a un peu plus d’un an j’ai dû arrêter car j’ai des soucis d’articulation à l’épaule et je ne peux plus jouer. En même temps j’en ai eu assez de faire de la composition pour la TV.

J’ai découvert le dessin. En ce moment je ne fais que du dessin.

Modèle vivant, pan pastel et crayons, 65x50cm

Quel élément déclencheur t’a incité à dessiner ?

Je ne pouvais plus pratiquer la musique. J’ai cherché une activité qui pouvait la remplacer, quelque chose qui soit prenant et qui m’accapare de la même manière. J’avais peur de l’espace libéré. Cela m’est déjà arrivé lorsque j’avais 20 ans suite à un accident. Il a fallu que j’arrête de jouer car j’avais perdu l’usage de mes mains, je me suis retrouvé en fauteuil roulant. Par la suite, j’ai pu rejouer et ça a été des retrouvailles magnifiques.  

Du coup, de nouveau, j’avais la même appréhension et j’ai dressé une liste des choses que je n’avais jamais faites dans ma vie et qui pourraient peut-être me plaire. En dernier j’avais marqué le dessin.

Suis-tu un apprentissage de cette pratique ?

Modèle vivant, feutres et pinceaux aquarellables, 42×29,7cm

J’ai pris contact avec un ami qui dessinait et m’a parlé de l’atelier de modèle vivant de Bojidarka.

J’étais intimidé, et je suis arrivé à l’atelier sans matériel. Bojidarka m’a donné un papier grand format. Le modèle est arrivé. Quand elle est venue poser, j’étais ému. Cela a été quelque chose d’aussi fort que lorsque j’ai posé mes mains sur une basse. Une révélation ! J’ai rencontré le dessin par le modèle vivant et  j’ai ressenti une sensation à laquelle je ne m’attendais absolument pas. Je ne cherchais pas à trouver quelque chose d’aussi puissant que la musique.

Cela fait partie des sensations les plus fortes de ma vie artistique. Cela a été une découverte, du réconfort, une seconde jeunesse.

Modèle vivant, pan pastel  et crayons, 65x50cm

Que recherches-tu ?

Je débute, je progresse et cela me motive. Je fais aussi des rencontres avec des gens sympathiques. L’atelier est particulièrement agréable. Boji enseigne le dessin d’une manière libre en donnant juste les indications nécessaires et imprègne une ambiance poétique. J’apprécie car j’ai appris la musique de manière rigoureuse et stricte. Ce côté libre tout en ayant les indications est aux antipodes de l’enseignement que j’ai eu en musique et il me convient particulièrement.

Quand j’ai pensé au dessin, je n’avais aucune idée de ce qu’était le modèle vivant. Quand j’étais en seconde j’ai pris une option arts plastiques car il n’y avait pas la musique, j’étais le vilain petit canard. Une fois j’avais fait un dessin que je trouvais chouette. Le prof m’a mis tout juste la moyenne et ça m’avait gonflé! A cette époque, je n’ai pas eu un contact génial avec le dessin.

Là, j’ai été surpris lorsque le modèle a pris la pose, j’étais muet. Profondément ému.

Quelles sont tes techniques préférées ?

Paysage, stylo plume, feutre pinceau à alcool et pinceau à réservoir eau, 21×14,8 cm

J’utilise tous les outils qui me passent par la main ; j’ai commencé par le fusain, puis le pastel, le pan pastel, le stylo plume, l’aquarelle. L’aquarelle c’est lorsque les beaux jours sont arrivés et nous sommes sortis peindre en extérieur avec les amis de l’atelier.

Je me suis mis à la peinture puis à l’huile. Tout me plait mais j’ai des petits faibles pour le pan pastel, le stylo plume, la peinture. En ce moment j’aime bien mélanger. Travailler à la plume et au brou de noix, reprendre à l’acrylique et revenir avec des pastels ou de l’encre permanente. C’est instinctif.

J’aime bien être toujours dans le mouvement. Comme dans le jazz, j’aime cette liberté.

Par contre il faut travailler régulièrement. Souvent on parle de don moi je mets plutôt le travail en avant. En musique on parle d’une bonne oreille. En dessin on parle d’observer. Je compare la pratique musicale et celle du dessin, toutes les deux nécessitent de l’entrainement.

Comment travailles-tu ?

Je pratique au moins trois heures par jour, mais cela peut être plus cinq ou six heures. Quand je ne dessine pas, je regarde. En ce moment j’aime bien passer d’un médium à un autre car j’ai du mal à avoir de la force dans les doigts. Tous mes mouvements viennent de l’épaule. Je coince les instruments entre mes doigts ce qui fait que j’aime le mouvement. Je n’ai pas un trait appliqué. Quelqu’un comme Manara a un trait continu, fluide. Je préfère quand ça s’agite, ça déborde. Mais je débute. Je progresse et on me le dit à l’atelier, cela m’encourage. C’est stimulant.

J’aime le paysage, j’aime aller dehors lorsqu’il fait beau. Je travaille rarement sur photo, quelque fois pour faire des portraits d’amis.

Portrait d’après photo, aquarelle et feutre de précision, 21×14,8cm

J’ai lancé un petit sujet, un doigt et un visage pour capter des attitudes, dessiner des personnes proches. C’est formateur.

Récemment je me suis mis à la bande dessinée, c’est très nouveau, deux ou trois mois. C’est technique. Paradoxalement sans avoir pratiqué je pensais que la BD était plus folklorique que le nu. En fait j’apprends le nu d’une façon plus libre que la bande dessinée. La bd chez Nicolas l’autre atelier où je vais  c’est très technique (narration, mise en page, support, médium). Ça couvre un large panel, c’est quand même moins instinctif. J’aimerais faire une bd sur le handicap, je n’ai pas envie de faire passer un message accablant néanmoins dire des choses et je pense que la bd est un bon média. J’ai des idées qui trottent comme tout simplement des dessins, sans paroles. Il faut se mettre au boulot.

Fréquentes-tu les expositions? Qu’est-ce qui t’inspire?

Oui j’ai toujours visité des expositions, dessins, photographies. Je suis quelqu’un qui aime regarder y compris les gens. Maintenant que je dessine je les regarde encore plus, je les analyse.

Modèle vivant, encre et acrylique, 16x11cm

Je suis contemplatif pour les paysages, analytique pour les personnes. Il y a un truc qui me ferait kiffer, ce serait de capter le mouvement, l’expression et l’intérieur des gens plutôt que de faire un portrait fidèle. Je ne rechercherais pas le réalisme comme une photo. Il y a énormément d’émotions dans une ligne voire plusieurs lignes qui représentent le mouvement, le volume, enfin quelque chose qui bouge.

Modèle vivant, pan pastel, 65x50cm

Aimes-tu des artistes particulièrement ?

Modèle vivant, feutres et pinceaux aquarellables, 29,7x21cm

C’est vaste, les brous de noix de Tiepolo, Soulages. Je suis attiré par le brou de noix, c’est sensuel parce qu’on est proche de quelque chose qui rappelle la peau, beaucoup de nuances mais on reste dans le monochrome. C’est une matière poétique. J’aime aussi Klimt, Miro, Bilal. J’aime tous les croquis de Léonard de Vinci, je les préfère à la Joconde. Je suis plus attiré par la spontanéité que par la perfection. J’aime quand ça bouge, la perfection fige. Je fais la même comparaison entre la musique classique et le jazz. La musique classique est figée parce qu’elle est très écrite, il y a beaucoup d’annotations et de directions dans les partitions. L’interprétation laisse beaucoup de liberté mais on reste dans un cadre serré. En jazz on a une partition qui peut être plus simple et il y a une part d’improvisation avec des interactions qui laisse la place à l’immédiateté. Et cela m’a toujours plu, ça met les gens en communication. Dans le dessin je retrouve cette dynamique dans la recherche du mouvement, du volume. Évidemment cela demande une certaine technique de travail dans le modèle vivant ou le paysage car les choses ne restent pas statiques comme pour une photo. Le modèle bouge, la lumière du paysage change aussi, et il faut capter le truc.

As-tu exposé ?

J’ai exposé deux trois dessins à l’atelier en fin d’année comme un gentil élève ! Je les poste aussi  sur Facebook, j’ai des petits retours. Je n’ai jamais exposé, je suis débutant. Cela me plairait car lorsqu’on fait quelque chose il faut le montrer, il se passe des échanges. Je participerais volontiers à une exposition collective.

Paysage, stylo plume et feutre, pinceau à alcool, pinceau à réservoir eau, 21×14,8cm

Espères-tu à terme avoir des revenus de ton activité artistique ?

Je n’ai pas de but ni d’aspiration lucrative. La musique est devenue un métier. Là, le dessin, c’est pour le plaisir. Parfois on m’a signifié clairement qu’un de mes dessins plaisaient, dans ce cas-là je l’offre. Toucher quelqu’un c’est aussi l’essence de la création.

 

 

 

Modèle vivant, brou de noix et stylo blanc, 42×29,7cm

Je suis heureux d’avoir rencontré le dessin à ce moment-là de mon existence. Il remplit ma vie avec la même densité que la musique.

https://www.facebook.com/lionel.camps.77

 

 

Entretien réalisé le 24 janvier 2019

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« Dans un grain de sable voir un monde et le paradis dans chaque fleur des champs. Faire tenir l’infini dans la paume de la main et l’éternité dans une heure ». Ce sont des vers de William Blake qui m’accompagnent.

J’ai toujours été un contemplatif. Ayant l’esprit buissonnier, enfant, j’étais capable de rester des heures les mains sous le menton à regarder les nuages. Je me fabriquais mes images.

 

 

 
Pierre Soyer © Marie Thérèse Lannes

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